POLITIQUES PUBLIQUES
Les grands événements sportifs en Afrique contribuent-ils véritablement au développement socio-économique des pays organisateurs ?
Les grands événements sportifs créent-ils réellement de la valeur durable en Afrique ? Infrastructures, emplois, compétences, territoires et mesure de l’héritage.
Accueillir une grande compétition sportive mobilise des investissements considérables et génère une forte exposition internationale. Mais le succès d’un événement ne devrait pas être apprécié uniquement à travers la qualité de son organisation ou les performances sportives. Sa véritable valeur se mesure aussi à ce qu’il laisse au pays et aux territoires une fois la compétition terminée.
Un événement sportif est aussi un investissement public
L’organisation d’une grande compétition mobilise généralement plusieurs catégories de dépenses : infrastructures sportives, transports, aménagements urbains, sécurité, hébergement, communication, équipements technologiques ou formation des équipes mobilisées.
Une part significative de ces investissements est souvent portée directement ou indirectement par les pouvoirs publics. L’événement doit donc également être considéré comme un investissement économique et territorial.
L’impact immédiat est le plus visible
Pendant la compétition, les effets sont relativement faciles à identifier. Des visiteurs arrivent, les hôtels accueillent davantage de clients, les transports sont sollicités, les restaurants, prestataires, commerces et entreprises événementielles bénéficient d’une activité supplémentaire.
Mais ces effets restent, par définition, concentrés autour de l’événement. La question déterminante commence après la cérémonie de clôture.
Que deviennent les infrastructures ?
La construction ou la rénovation d’équipements constitue souvent l’une des dépenses les plus importantes. Un stade moderne peut représenter un actif stratégique pour un territoire. Mais sa valeur dépend de son utilisation future.
Quel championnat l’occupera ? À quelle fréquence ? Existe-t-il un programme événementiel ? Qui financera l’entretien ? Peut-il accueillir des entreprises, des concerts, des activités commerciales ou d’autres disciplines ?
Construire l’infrastructure ne suffit donc pas. Il faut également construire son modèle d’exploitation.
L’héritage doit être pensé avant l’événement
La question de l’après-compétition devrait être intégrée dès la phase de candidature et de préparation. Pour chaque investissement majeur, il faudrait pouvoir répondre à plusieurs questions : qui utilisera l’équipement après l’événement ? Qui l’exploitera ? Quel sera son coût annuel ? Quels revenus pourra-t-il générer ? À quels besoins sportifs ou territoriaux répondra-t-il ?
Les compétences constituent également un héritage
Un grand événement mobilise des milliers de personnes : salariés, volontaires, entreprises, techniciens, agents de sécurité, communicants, responsables logistiques ou managers. Ces compétences acquises pendant l’organisation peuvent représenter un véritable capital.
L’héritage ne doit donc pas être uniquement matériel. Il peut être humain, organisationnel et économique.
Mesurer plutôt qu’affirmer
Pour connaître la contribution réelle d’un événement, il faut pouvoir la mesurer. Cela suppose de définir des indicateurs avant l’événement : visiteurs, nuitées, dépenses touristiques, emplois, contrats attribués aux entreprises locales, utilisation future des équipements, nouvelles pratiques sportives, fréquentation des infrastructures, image du territoire et coûts d’exploitation futurs.
Puis de poursuivre cette évaluation plusieurs années après la compétition.
Passer de l’événement à une stratégie de développement
Une compétition sportive peut accélérer des investissements, moderniser des infrastructures, former des compétences et améliorer l’image d’un pays. Mais elle ne produit pas automatiquement ces résultats.
Le véritable enjeu pour les pays organisateurs est de passer de la question « Sommes-nous capables d’organiser l’événement ? » à une question plus exigeante : « Comment cet événement peut-il contribuer durablement à notre développement sportif, économique et territorial ? »
Un grand événement ne devrait pas être jugé uniquement sur ce qu’il produit pendant quelques semaines, mais sur ce qu’il transforme pendant les années qui suivent.
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