GOUVERNANCE
La FIFA peut-elle réellement transformer le football africain ?
Les financements de la FIFA ont fortement augmenté en Afrique. Mais la transformation durable dépend surtout de la stratégie, de la gouvernance, du modèle économique et de la capacité des organisations sportives à créer de la valeur au-delà des subventions.
Jamais les fédérations nationales n’ont disposé d’autant de ressources issues des programmes de développement de la FIFA. Infrastructures, compétitions, administration, formation, football féminin ou équipes nationales : les moyens ont considérablement augmenté. Mais une question demeure : cette progression financière produit-elle, à elle seule, une transformation durable du football africain ?
Le débat mérite d’être posé autrement.
Il ne s’agit pas de contester l’utilité des financements internationaux. Dans de nombreux pays, ils permettent de réaliser des investissements qui auraient été difficiles à financer autrement. Ils contribuent également au fonctionnement quotidien des fédérations et au développement de nouvelles activités.
Mais augmenter les moyens disponibles et transformer structurellement un écosystème sont deux résultats différents.
La véritable question est donc de savoir ce que ces financements permettent de construire au-delà des projets qu’ils financent directement.
Des moyens sans précédent pour le développement du football
L’augmentation des ressources mises à disposition des associations membres de la FIFA est considérable.
Dans le cadre de FIFA Forward 3.0, chaque association membre peut bénéficier de financements pouvant atteindre 8 millions de dollars sur le cycle 2023-2026. Cette enveloppe comprend notamment jusqu’à 1,25 million de dollars par an pour les coûts opérationnels et les activités footballistiques.[1]
CHIFFRE CLÉ — 8 M USD
C’est le montant auquel chaque association membre peut accéder sur le cycle FIFA Forward 2023-2026.
L’ampleur du programme apparaît également lorsqu’on observe son évolution depuis 2016.
Au cours des deux premiers cycles de FIFA Forward, entre 2016 et 2022, environ 2,8 milliards de dollars ont été mis à disposition des associations membres, confédérations et associations régionales, avec plus de 1 600 projets approuvés.[2]
En Afrique, la FIFA indiquait fin 2023 avoir consacré environ 1,25 milliard de dollars aux bénéficiaires du continent depuis le lancement du programme. Près de 120 millions de dollars avaient notamment été investis dans les infrastructures dans 48 pays, avec la réalisation de 169 nouveaux terrains.[3]
Ces données permettent de mesurer l’effort financier et le volume des projets réalisés. Elles ne suffisent cependant pas, à elles seules, à mesurer la transformation structurelle du football dans chaque pays.
C’est précisément là que commence le débat.
Financer davantage ne signifie pas nécessairement transformer davantage
Construire un terrain constitue un investissement important. Financer une compétition est nécessaire. Former des entraîneurs ou améliorer l’administration d’une fédération contribue à renforcer ses capacités.
Mais aucune de ces actions ne garantit automatiquement qu’un championnat deviendra économiquement viable, qu’un club développera des revenus propres ou qu’une ligue sera capable d’organiser durablement une compétition attractive.
La transformation commence lorsque l’investissement produit une capacité qui continue d’exister après le financement initial.
Un stade nouvellement construit ne crée de valeur que s’il est entretenu, exploité et suffisamment utilisé.
Une compétition financée pendant plusieurs saisons devient réellement structurante lorsqu’elle développe progressivement des recettes commerciales, une audience, des partenaires, des données fiables et une organisation professionnelle.
Un club ne devient pas professionnel simplement parce qu’il participe à un championnat présenté comme professionnel. Il le devient lorsqu’il possède une administration, une gouvernance, des ressources prévisibles, une stratégie commerciale et la capacité de respecter durablement ses obligations envers ses salariés et ses joueurs.
Le financement peut donc être un accélérateur de transformation. Il ne constitue pas la transformation elle-même.
Le vrai défi : construire des organisations capables de créer de la valeur
Ce changement de perspective conduit à regarder différemment le développement du football.
L’enjeu n’est plus seulement de savoir combien une fédération reçoit, mais ce que l’écosystème national est progressivement capable de produire.
Cela implique notamment des fédérations mieux organisées, mais également des ligues capables de commercialiser leurs compétitions et des clubs capables de devenir de véritables organisations économiques.
La FIFA elle-même intègre davantage cette dimension dans ses programmes de professionnalisation des ligues et des clubs, qui visent notamment la gouvernance, la stabilité financière et la structuration des compétitions.[4]
En Afrique, des initiatives de formation ont également porté sur la planification stratégique, le développement commercial, le marketing, la gestion financière et les licences de clubs.[5]
Cette évolution est significative. Elle traduit une prise de conscience : les infrastructures et les subventions sont nécessaires, mais le développement durable passe aussi par la qualité des organisations qui les utilisent.
Cette question rejoint directement celle de la transformation des ligues nationales. Une ligue ne peut devenir un véritable moteur de développement que si elle dispose d’une gouvernance claire, d’une stratégie commerciale, de données fiables et d’une relation structurée avec les clubs. C’est précisément l’enjeu développé dans notre publication Pourquoi faut-il transformer les ligues nationales de football en Afrique ?
La licence des clubs : passer du financement aux standards
La CAF travaille elle aussi sur cette dimension structurelle.
Le système africain de licence des clubs repose sur plusieurs domaines : sportif, infrastructures, personnel et administration, juridique et financier. Son objectif est notamment d’améliorer la capacité économique et financière des clubs, leur gouvernance et leur contrôle.[6]
À partir de la saison 2024-2025, la CAF a étendu sa plateforme de licence des clubs, le CLOP, aux compétitions masculines nationales de première division des 54 associations membres, et non plus uniquement aux clubs engagés dans les compétitions continentales.[7]
Cette évolution est importante parce qu’elle touche au cœur du problème.
La professionnalisation du football africain ne pourra pas reposer uniquement sur quelques clubs participant aux compétitions continentales. Elle doit progressivement concerner l’ensemble des championnats nationaux et leurs clubs.
Les exigences réglementaires constituent donc une étape. Mais leur impact dépendra de leur mise en œuvre réelle : qualité des contrôles, fiabilité des informations financières, sanctions en cas de non-respect, professionnalisation des administrations et capacité des clubs à respecter ces standards dans la durée.
La dépendance financière demeure une fragilité
Le soutien financier des organisations internationales et des États restera nécessaire au développement du football.
Cette situation n’est pas propre à l’Afrique : partout dans le monde, les pouvoirs publics participent au financement des infrastructures, de la formation, du sport amateur ou de grands événements.
Le problème apparaît lorsque les subventions deviennent non plus un levier de développement, mais le principal modèle économique de l’organisation.
Une fédération fortement dépendante de FIFA Forward peut parfaitement utiliser efficacement ces ressources. Mais une ligue ou un championnat ne peut être considéré comme économiquement transformé si son fonctionnement reste durablement conditionné par une subvention publique ou internationale sans développement parallèle de revenus propres.
Le même raisonnement s’applique aux clubs.
L’objectif n’est donc pas de supprimer les financements institutionnels. Il est de les utiliser pour construire progressivement d’autres sources de valeur : sponsoring, droits audiovisuels, billetterie, hospitalité, merchandising, formation, transfert de joueurs, exploitation des infrastructures, contenus numériques ou partenariats avec des entreprises.
La subvention devrait permettre de construire une économie. Elle ne devrait pas devenir l’économie elle-même.
La CAF investit également davantage dans le développement
L’effort financier ne repose pas uniquement sur la FIFA.
Dans son rapport d’activités 2024-2025, la CAF indique avoir consacré 47,6 millions de dollars au développement du football, soit une hausse de 23 % sur un an. Les subventions versées aux associations membres ont été relevées de 275 000 à 400 000 dollars, tandis que 17,5 millions de dollars ont été consacrés au renforcement des capacités et à la formation.[8]
CHIFFRE CLÉ — 47,6 M USD
investis par la CAF dans le développement du football au cours de l’exercice 2024-2025.
La combinaison des ressources FIFA, CAF et publiques représente donc un potentiel considérable.
Mais elle rend encore plus nécessaire une autre question : comment mesurer les résultats produits par ces investissements ?
Mesurer autrement la transformation du football africain
Pendant longtemps, les politiques de développement sportif ont été facilement évaluées à partir des moyens mobilisés : montant investi, terrain construit, formation organisée, compétition créée ou équipement distribué.
Ces indicateurs sont utiles, mais ils mesurent essentiellement l’activité réalisée, pas nécessairement son impact.
Un système réellement transformé devrait pouvoir être observé à travers d’autres indicateurs :
- le nombre de championnats disputés intégralement et aux dates prévues ;
- la part des revenus propres dans les budgets des fédérations, ligues et clubs ;
- l’évolution des droits médias, du sponsoring et de la billetterie ;
- le respect des contrats et des salaires des joueurs ;
- la proportion de clubs disposant d’états financiers fiables ;
- l’utilisation effective des infrastructures construites ;
- la croissance des audiences et de l’engagement numérique ;
- le développement du football féminin et des compétitions de jeunes ;
- la professionnalisation des dirigeants et administrations ;
- la quantité et la qualité des données publiées sur les compétitions nationales.
Une fédération peut recevoir davantage d’argent tout en conservant une ligue fragile. Un pays peut construire plusieurs terrains sans disposer d’un championnat capable d’en assurer l’exploitation. Un club peut satisfaire ponctuellement aux exigences administratives d’une licence sans disposer d’un modèle économique durable.
C’est pourquoi la mesure de la transformation doit progressivement se déplacer des moyens vers les résultats.
Le rôle de l’État reste central
La FIFA ne peut pas, et ne doit pas, se substituer aux États.
Les politiques publiques déterminent une grande partie de l’environnement dans lequel le football évolue : infrastructures, fiscalité, droit du travail, sécurité, formation, éducation, statut des clubs, accès au financement ou encore aménagement du territoire.
Les fédérations internationales disposent de programmes, de financements et d’expertise. Les gouvernements disposent d’outils de politique publique. Les fédérations nationales disposent du pouvoir de régulation du football dans leur territoire. Les ligues organisent et commercialisent les compétitions. Les clubs doivent créer la valeur sportive et économique qui constitue le produit final de l’écosystème.
La transformation dépend donc de l’articulation de ces responsabilités, et non de la capacité d’un seul acteur à tout financer.
De la subvention à la transformation : un enjeu de stratégie et d’organisation
L’augmentation des financements disponibles ne produit réellement des effets durables que lorsqu’elle s’accompagne d’un travail sur les organisations elles-mêmes.
Une fédération peut disposer de davantage de ressources sans avoir de stratégie claire. Une ligue peut recevoir des financements sans disposer d’un véritable modèle économique. Un club peut augmenter son budget sans améliorer sa gouvernance, ses processus ou sa capacité commerciale.
La transformation suppose alors de travailler simultanément sur plusieurs dimensions : la stratégie, l’organisation, la gouvernance, le modèle économique, les compétences internes, les outils de pilotage et la capacité à mesurer les résultats obtenus.
C’est précisément sur cette articulation qu’intervient Akong Sport Consulting.
Le cabinet accompagne les organisations sportives dans la définition de leur stratégie, la structuration de leur gouvernance, l’amélioration de leur fonctionnement et la construction de modèles capables de créer davantage de valeur.
Dans le cas d’une fédération, d’une ligue ou d’un club, cela peut notamment consister à :
- réaliser un diagnostic stratégique et organisationnel ;
- clarifier les responsabilités et les processus de décision ;
- construire un plan stratégique pluriannuel ;
- définir des indicateurs de performance et des dispositifs de reporting ;
- structurer un modèle économique moins dépendant des subventions ;
- professionnaliser les fonctions administratives et commerciales ;
- améliorer la gouvernance ;
- accompagner la transformation des compétitions et des clubs.
L’enjeu n’est donc pas seulement d’obtenir davantage de ressources. Il est de disposer d’une organisation capable de transformer ces ressources en résultats durables.
La FIFA peut accélérer la transformation, mais elle ne peut pas la remplacer
La FIFA dispose aujourd’hui de moyens considérables pour accompagner les associations membres.
Son rôle dans le financement des infrastructures, le développement des compétitions, la formation et le renforcement des capacités est réel et mesurable.
Mais le véritable test se situe ailleurs.
La réussite de FIFA Forward ne devrait pas seulement être évaluée à travers les milliards distribués ou le nombre de projets réalisés. Elle devrait également être appréciée à partir de ce que les fédérations, ligues et clubs deviennent capables de faire eux-mêmes grâce à ces investissements.
Une fédération plus autonome. Une ligue mieux organisée. Un championnat plus régulier. Des clubs capables de payer leurs joueurs. Des infrastructures exploitées. Des compétitions capables d’attirer des partenaires. Des dirigeants mieux formés. Des données fiables. Une économie sportive qui commence progressivement à produire ses propres ressources.
La FIFA peut financer. La CAF peut réglementer et accompagner. L’État peut créer un environnement favorable. Mais la transformation se construit au niveau des fédérations, des ligues et des clubs.
C’est à ce niveau que la stratégie, la gouvernance, l’organisation et le modèle économique deviennent déterminants.
Chez Akong Sport Consulting, nous considérons qu’un financement n’est véritablement créateur de valeur que lorsqu’il permet à une organisation sportive de devenir plus structurée, plus performante et progressivement plus autonome.
Au fond, la transformation du football africain ne devrait pas se mesurer uniquement au montant reçu, mais à ce qui continue de fonctionner, de progresser et de créer de la valeur lorsque la subvention s’arrête.
Transformer les ressources en performance durable
Akong Sport Consulting accompagne les fédérations, ligues, clubs et organisations sportives dans leurs projets de stratégie, gouvernance, structuration et transformation.
Crédit photo : Happiraphael (Happi Raphael Mbiele), via Wikimedia Commons — licence CC BY-SA 4.0. Image redimensionnée pour le web.
Sources et références
[1] FIFA, principes FIFA Forward 3.0 — enveloppes de financement accessibles aux associations membres.
[2] FIFA, rapports FIFA Forward sur les cycles 2016-2022 — montants mis à disposition et projets approuvés.
[3] FIFA, données publiées en 2023 sur les investissements FIFA Forward en Afrique — infrastructures et terrains financés.
[4] FIFA, programme de professionnalisation des ligues et des clubs.
[5] FIFA, programmes de professionnalisation et de formation des clubs et ligues en Afrique australe.
[6] CAF, système de licence des clubs.
[7] CAF, extension du CLOP aux compétitions masculines nationales de première division.
[8] CAF, Rapport d’activités 2024-2025 — investissements dans le développement du football.
PUBLICATIONS & REGARDS
Prolonger la réflexion.
Retrouvez les analyses et prises de position d’Akong Sport Consulting sur les transformations du sport.
Explorer les publications


