GOUVERNANCE
La FIFA peut-elle réellement transformer le football africain ?
Les financements de la FIFA ont fortement augmenté en Afrique. Peuvent-ils, à eux seuls, transformer durablement les fédérations, ligues et clubs du continent ?
Depuis plusieurs années, les moyens financiers mis à disposition des fédérations par la FIFA ont fortement augmenté. Cette évolution constitue un apport important pour de nombreuses associations africaines. Elle pose néanmoins une question essentielle : l’augmentation des financements suffit-elle à transformer durablement le football africain ?
Des moyens financiers en nette progression
Dans de nombreux pays africains, les fédérations disposent de ressources propres limitées. Les programmes de développement de la FIFA permettent donc de financer des infrastructures, l’administration, les compétitions, la formation ou encore certaines actions destinées aux équipes nationales.
Cet apport doit être reconnu. Mais disposer de davantage de ressources et transformer structurellement un système sportif sont deux choses différentes.
La transformation ne peut pas être uniquement financière
Un championnat ne devient pas professionnel parce que sa fédération reçoit davantage de financements. Un club ne devient pas économiquement viable parce qu’une infrastructure a été construite. Une compétition ne devient pas attractive parce que son organisateur dispose d’un budget plus important.
La transformation suppose que les moyens investis permettent progressivement de construire des organisations capables de fonctionner, de produire des revenus, de rendre compte de leur gestion et de créer de la valeur au-delà de la subvention reçue.
L’enjeu concerne donc la gouvernance des fédérations, la structuration des ligues et des clubs, la régularité des compétitions, la protection des joueurs, la capacité à développer des revenus commerciaux, l’exploitation des infrastructures, la formation des dirigeants, la production de données et l’existence de véritables stratégies nationales de développement.
Le rôle de l’État reste déterminant
Le développement du sport ne relève pas uniquement des fédérations internationales. Il est de la responsabilité de l’État d’accompagner le sport à travers les infrastructures, les politiques publiques, la formation, l’éducation, la fiscalité, le cadre juridique, la sécurité et l’aménagement du territoire.
La question est de savoir comment articuler efficacement les ressources de l’État, celles des fédérations internationales et celles que l’écosystème sportif doit progressivement être capable de produire lui-même.
Lorsqu’un système reste durablement dépendant de deux sources principales — l’argent public et les financements internationaux — sans développement parallèle d’un marché sportif, sa transformation demeure fragile.
Mesurer autrement la réussite des programmes de développement
L’évaluation du développement du football africain ne devrait pas se limiter aux montants versés ou au nombre de projets financés. Elle devrait également porter sur les résultats obtenus dans le temps.
La régularité des championnats, la professionnalisation des clubs, la progression de leurs revenus propres, la qualité de leur gouvernance, le respect des contrats des joueurs, l’exploitation des infrastructures, le développement du football féminin et des jeunes, la formation des cadres, l’évolution des audiences ou encore la capacité des organisations à produire et publier des données fiables sont autant d’indicateurs utiles.
La FIFA peut contribuer à transformer le football africain, mais elle ne peut pas le faire seule
La FIFA dispose de moyens financiers, de programmes, de normes et d’une capacité d’influence importante. Elle peut accompagner les fédérations, renforcer leurs compétences et accélérer certains investissements.
Elle ne peut cependant pas remplacer les fédérations dans leur responsabilité de gouvernance, les ligues dans leur mission de développement des compétitions, les clubs dans leur transformation économique ni les États dans la construction de politiques publiques adaptées.
La question n’est finalement pas de savoir si la FIFA peut, seule, transformer le football africain. Elle est de savoir si les financements et les outils mis à disposition peuvent servir de levier à une transformation portée localement, construite sur des stratégies adaptées aux réalités économiques et institutionnelles de chaque pays.
C’est à cette condition que l’augmentation des moyens pourra progressivement devenir une transformation du football.
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