PROFESSIONNALISATION
Le statut associatif des clubs sportifs est-il réellement un frein à leur professionnalisation ?
Le passage d’une association à une société commerciale suffit-il à professionnaliser un club sportif ? Analyse des véritables leviers de professionnalisation et de création de valeur.
La professionnalisation des clubs sportifs est parfois réduite à une question de statut juridique : pour devenir professionnel, un club devrait nécessairement abandonner la forme associative au profit d’une société commerciale. Cette lecture confond pourtant deux sujets différents : la forme juridique d’une organisation et sa capacité réelle à fonctionner comme une organisation professionnelle.
Le statut juridique ne crée pas le professionnalisme
Plusieurs acteurs du sport africain considèrent que le retard de développement des clubs serait notamment lié à leur statut associatif. La société commerciale apparaîtrait alors comme le passage obligé vers la professionnalisation.
Cette approche mérite d’être nuancée. Un club ne devient pas professionnel simplement parce qu’il modifie sa forme juridique. Il le devient lorsqu’il est capable d’organiser durablement son activité : gouvernance, salariés, contrats, budget, comptabilité, partenaires, communication, marketing, exploitation de sa marque, relation avec ses supporters et production de revenus.
La forme juridique peut accompagner cette évolution. Elle ne peut pas la remplacer.
L’activité économique doit précéder la transformation juridique
Une société sportive prend tout son sens lorsqu’elle doit gérer une véritable activité économique : droits médias, sponsoring, billetterie, merchandising, hospitalités, actifs de marque, contrats commerciaux ou investissements.
Dans ce cas, la forme commerciale peut contribuer à structurer l’activité, sécuriser les partenaires, organiser la gouvernance économique et faciliter le développement de nouveaux actifs.
Mais transformer juridiquement un club qui ne produit pratiquement aucun revenu propre ne crée pas automatiquement cette économie. Le risque consiste alors à construire une société commerciale sans marché, avec les obligations et les charges qui l’accompagnent mais sans activité économique permettant de les soutenir.
Le cas gabonais illustre cette problématique
Au Gabon, le cadre juridique prévoit des seuils financiers pouvant conduire à la constitution d’une société à objet sportif. La difficulté est qu’un club peut atteindre un volume important de dépenses, notamment salariales, tout en restant très largement financé par la subvention publique.
Or, le montant du budget ne suffit pas à mesurer la professionnalisation économique. Deux clubs disposant d’un budget identique peuvent se trouver dans des situations très différentes : l’un dépend presque entièrement d’une subvention ; l’autre génère une part significative de ses ressources par le sponsoring, la billetterie, les médias, les partenariats et ses activités commerciales.
C’est donc moins le volume des ressources que leur origine, leur régularité et la capacité du club à les produire qui permettent d’apprécier sa maturité économique.
Une association peut être gérée professionnellement
Le statut associatif n’impose ni l’improvisation ni l’absence de contrôle. Une association sportive peut disposer d’une gouvernance claire, d’un projet stratégique, d’un budget prévisionnel, d’une comptabilité structurée, de procédures internes, de salariés qualifiés, d’un reporting, d’une politique commerciale et d’indicateurs de performance.
Elle peut également produire des revenus et réinvestir ses excédents dans son projet sportif. Le véritable enjeu consiste donc à professionnaliser l’organisation avant de vouloir nécessairement commercialiser sa forme juridique.
Construire le marché sportif
Dans de nombreux environnements africains, la priorité devrait être de créer les conditions permettant aux clubs de produire progressivement leurs propres revenus : compétition régulière et attractive, droits médias, billetterie, sponsoring, connaissance des supporters, exploitation des marques et infrastructures commercialement exploitables.
Lorsque cette économie existe réellement, l’évolution vers une société commerciale devient beaucoup plus cohérente.
Le véritable enjeu : créer de la valeur
Le débat sur la professionnalisation ne devrait donc pas se limiter à opposer association et société commerciale. La question centrale est plutôt : l’organisation sportive est-elle capable de produire, gérer et développer durablement de la valeur ?
La transformation juridique peut constituer une étape pertinente dans le développement d’un club. Mais elle doit accompagner une activité économique réelle plutôt que tenter de la provoquer artificiellement.
Ce n’est pas le statut qui crée le club professionnel. Ce sont d’abord son organisation, son activité économique, sa gouvernance et sa capacité à créer durablement de la valeur.
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