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GOUVERNANCE

Test IRM : outil de régulation de la CAF ou révélateur des limites de la gouvernance des jeunes joueurs ?

Le test IRM sécurise l’éligibilité aux compétitions U17 de la CAF. Mais la transformation durable du football des jeunes passe aussi par l’identité sportive, la traçabilité et la fiabilité des systèmes d’enregistrement.

Rémy Ebanega — Fondateur, Akong Sport Consulting 09.06.2026 12 min de lecture

Le test IRM du poignet est devenu un élément central du contrôle de l’éligibilité dans les compétitions masculines U17 de la CAF. Son efficacité est documentée et son protocole s’est progressivement renforcé. Mais une question demeure : le football africain peut-il durablement faire reposer la fiabilité de l’âge sportif sur un contrôle médical réalisé à l’approche des compétitions, ou doit-il construire une véritable traçabilité du joueur dès son entrée dans le système ?

L’IRM ne détermine pas l’âge exact d’un joueur

C’est la première distinction à poser.

La CAF précise elle-même que son protocole IRM n’a pas pour objet de déterminer l’âge exact d’un joueur. Il vise à déterminer son éligibilité à une compétition masculine U17.[1]

Le dispositif repose sur une IRM du poignet gauche et plus particulièrement sur l’observation de l’extrémité distale du radius.

Lorsque le cartilage de croissance est complètement fusionné — stade VI dans la classification utilisée par la CAF — le joueur est considéré comme non éligible à la compétition U17. Les stades I à V restent compatibles avec l’éligibilité selon le protocole CAF.[1]

Cette nuance est fondamentale.

Dire qu’un joueur est inéligible à une compétition U17 au regard du protocole IRM n’est pas exactement la même chose que prétendre qu’un examen médical permet de connaître sa date de naissance.

Le test est donc avant tout un mécanisme réglementaire de sécurisation de la compétition.

Un dispositif progressivement renforcé par la CAF

L’utilisation de l’IRM dans les compétitions de jeunes n’est pas récente.

La CAF indique avoir introduit ce test dans les phases finales de ses compétitions U17 à partir de 2011. Depuis 2018, le dispositif a été étendu aux éliminatoires ainsi qu’aux phases finales.[2]

Le protocole est aujourd’hui fortement encadré.

Pour la CAN U17 2025, les joueurs étaient soumis au contrôle selon une procédure associant leur identité, leurs documents et les images médicales réalisées. Les examens étaient ensuite transmis au Comité de lecture IRM de la CAF, chargé de déterminer l’éligibilité.[1]

Le règlement prévoit également des conséquences collectives importantes. Si quatre joueurs ou plus d’une équipe sont déclarés inéligibles, l’équipe peut être disqualifiée. Si un, deux ou trois joueurs sont concernés, ils sont exclus de la compétition sans pouvoir être remplacés.[1]

L’IRM est donc loin d’être une simple formalité médicale.

Elle peut déterminer la participation d’un joueur et, dans certains cas, celle d’une sélection entière.

Les résultats montrent que le dispositif a produit des effets

Il serait donc excessif de présenter l’IRM uniquement comme le symptôme d’un dysfonctionnement.

Selon les données communiquées par la CAF, le taux de joueurs déclarés inéligibles serait passé de 7 % lors du cycle 2018-2019 à moins de 1 % lors du cycle 2022-2023. La CAF indiquait également qu’aucune protestation relative à l’âge n’avait été enregistrée pendant la CAN U17 2025.[1]

CHIFFRE CLÉ — moins de 1 %
Selon la CAF, la proportion de joueurs déclarés inéligibles par le dispositif IRM était tombée sous 1 % lors du cycle 2022-2023, contre 7 % en 2018-2019.

Cette évolution peut être interprétée comme un effet du renforcement des contrôles et de leur anticipation par les associations membres.

La CAF a d’ailleurs continué de faire évoluer son protocole. En avril 2026, sa Commission médicale a décidé qu’un joueur ayant déjà passé avec succès le contrôle IRM pendant les qualifications zonales ne devrait plus être testé une seconde fois avant la phase finale. Seuls les nouveaux joueurs enregistrés doivent subir un nouvel examen.[3]

Cette réforme traduit une évolution intéressante : contrôler, mais éviter la répétition inutile des contrôles lorsque l’information a déjà été sécurisée.

Cette logique pourrait inspirer une réflexion beaucoup plus large sur l’identité sportive.

L’IRM est un indicateur biologique, pas un état civil

La méthode possède également ses propres limites scientifiques.

Les travaux ayant accompagné son développement montrent que la fusion du radius distal est fortement liée à la maturation biologique.

Une étude initiale portant sur 496 footballeurs masculins âgés de 14 à 19 ans en Suisse, Malaisie, Algérie et Argentine avait notamment montré une forte association entre âge et degré de fusion. Dans cet échantillon, un seul joueur de 16 ans présentait une fusion complète.[4]

Ces résultats ont permis de construire un outil utile pour identifier des profils présentant une maturation osseuse incompatible avec le seuil retenu pour la compétition.

Mais la littérature scientifique appelle à conserver une distinction entre âge biologique et âge chronologique.

Une analyse portant sur différentes méthodes d’estimation de l’âge rappelle notamment que l’apparence mature du poignet à l’IRM constitue une indication forte d’un âge supérieur au seuil recherché, mais qu’il subsiste un risque limité de classification erronée. Inversement, une apparence immature ne permet pas de déterminer précisément l’âge chronologique.[5]

C’est précisément pourquoi la formulation utilisée aujourd’hui par la CAF est importante :

Le test détermine l’éligibilité, pas la date de naissance.

Cette distinction protège aussi le joueur.

Un résultat IRM ne devrait pas, à lui seul, permettre d’affirmer publiquement qu’un jeune a falsifié son âge ou que ses documents d’état civil sont frauduleux.

Le véritable problème commence bien avant la compétition

C’est à ce niveau que la question de gouvernance apparaît.

Lorsqu’un joueur arrive à une compétition continentale U17, son parcours sportif a généralement commencé plusieurs années auparavant.

Il a pu être enregistré dans un club, obtenir une première licence, participer à des compétitions de jeunes, changer de club, être sélectionné au niveau régional puis national, ou encore intégrer une académie ou un centre de formation.

Pourquoi faut-il alors attendre les portes d’une compétition continentale pour sécuriser une information aussi fondamentale que son identité et son parcours ?

L’IRM intervient à la fin d’une chaîne qui devrait avoir commencé bien plus tôt.

La question dépasse largement le football

Le problème doit également être replacé dans son environnement institutionnel.

Selon les données actualisées de l’UNICEF, seulement environ 51 % des enfants de moins de cinq ans en Afrique subsaharienne ont une naissance enregistrée. Cette moyenne cache d’importantes disparités entre sous-régions et pays.[6]

CHIFFRE CLÉ — 51 %
Environ la moitié des enfants de moins de cinq ans en Afrique subsaharienne disposent d’un enregistrement de naissance selon l’UNICEF.

Cela signifie que les fédérations africaines ne travaillent pas toutes dans des environnements où l’état civil possède le même niveau de couverture ou de fiabilité.

Le football ne peut évidemment pas réparer à lui seul les systèmes nationaux d’état civil.

Cette responsabilité relève d’abord des États.

Mais les fédérations peuvent construire leur propre système de traçabilité sportive, articulé avec l’identité légale.

La première licence devrait devenir le point de départ de l’identité sportive

Une véritable politique de prévention pourrait commencer dès la première affiliation d’un jeune joueur.

L’objectif serait de créer un dossier sportif permanent qui l’accompagne pendant toute sa carrière.

  • une identité vérifiée lors de la première inscription ;
  • les documents ayant servi à cette vérification ;
  • un identifiant fédéral unique et permanent ;
  • la date de délivrance de la première licence ;
  • l’historique des clubs et des catégories d’âge fréquentées ;
  • les compétitions disputées et les éventuelles sélections nationales ;
  • l’historique des contrôles d’éligibilité déjà réalisés.

Le joueur ne devrait pas changer d’identité sportive parce qu’il change de club, de ligue ou de catégorie.

Son parcours devrait être continu et retraçable.

Une première apparition tardive doit être traitée avec méthode

Tous les parcours ne commencent évidemment pas à six ou huit ans.

Certains jeunes intègrent tardivement le football organisé.

Il faut donc éviter de transformer l’absence d’historique sportif en présomption de fraude.

En revanche, une première apparition très tardive dans un système fédéral peut justifier des procédures complémentaires de vérification.

La gouvernance fondée sur les données permet justement de distinguer les situations.

Un joueur enregistré depuis l’âge de huit ans et disposant de plusieurs saisons de licences successives ne présente pas le même profil documentaire qu’un joueur enregistré pour la première fois quelques semaines avant une sélection U17.

Le contrôle pourrait ainsi devenir progressivement fondé sur le risque, et non uniquement sur la proximité d’une compétition internationale.

Les clubs et académies ont également une responsabilité

La traçabilité ne peut pas être uniquement fédérale.

Les clubs et académies constituent souvent le premier contact du jeune joueur avec le football organisé.

Ils devraient donc participer à la qualité des informations enregistrées.

Cela suppose des procédures communes, des responsables identifiés, des contrôles documentaires et surtout un système numérique suffisamment robuste pour éviter les doublons ou les réenregistrements successifs.

Une politique de développement du football des jeunes ne consiste donc pas uniquement à créer des académies ou à organiser des compétitions U15 et U17.

Elle consiste également à construire l’infrastructure administrative qui permet de connaître les joueurs qui y participent.

Du contrôle ponctuel à la gouvernance permanente

C’est probablement la principale évolution à rechercher.

Aujourd’hui, le dispositif IRM fonctionne comme une barrière réglementaire située à proximité de la compétition.

Demain, il pourrait devenir le dernier étage d’une architecture beaucoup plus large :

État civil → première licence → identifiant permanent → historique sportif → contrôles fédéraux → sélection nationale → contrôle CAF.

Dans cette architecture, l’IRM ne disparaît pas nécessairement.

Elle change de fonction.

Elle devient un contrôle final de sécurité, et non l’instrument sur lequel repose toute la confiance dans l’âge sportif du joueur.

La technologie permet désormais d’aller beaucoup plus loin

Les fédérations disposent aujourd’hui de technologies permettant de gérer de véritables registres numériques de joueurs.

La difficulté n’est donc plus uniquement technique.

Elle concerne la gouvernance des données : qui peut créer un joueur ? Qui peut modifier son identité ? Quelles pièces sont obligatoires ? Une modification laisse-t-elle une trace ? Comment gérer un doublon ? Comment relier les bases des ligues et des fédérations ? Comment conserver l’historique lorsque le joueur change de club ? Comment protéger les données personnelles des mineurs ? Comment auditer le système ?

Ce sont ces questions qui déterminent la fiabilité réelle d’un registre.

Numériser une mauvaise procédure ne la transforme pas automatiquement en bonne procédure.

Le test IRM révèle donc un enjeu plus large de transformation des fédérations

Cette problématique rejoint directement les questions de stratégie et d’organisation sur lesquelles travaille Akong Sport Consulting.

La professionnalisation d’une fédération ne se mesure pas uniquement à son siège, à son budget ou aux compétitions qu’elle organise.

Elle se mesure également à sa capacité à maîtriser ses processus fondamentaux.

L’identification des joueurs en fait partie.

Un accompagnement peut ainsi porter sur le diagnostic du système d’enregistrement, la cartographie des processus de licence, la définition d’un identifiant sportif unique, l’architecture des responsabilités entre clubs, ligues et fédération, les règles de qualité des données, les procédures de contrôle et les indicateurs de suivi.

L’enjeu n’est pas uniquement technologique.

Il est organisationnel et institutionnel.

Cette logique rejoint également notre analyse sur la transformation des ligues nationales de football en Afrique : professionnaliser une organisation sportive suppose d’abord de fiabiliser ses processus, ses données et son fonctionnement.

L’IRM doit rester un outil, pas devenir le système

Le protocole mis en place par la CAF a une utilité réelle.

Les chiffres communiqués par l’organisation montrent même qu’il a contribué à réduire fortement les cas d’inéligibilité détectés dans les compétitions U17.[1]

Le débat ne devrait donc pas opposer l’IRM à la gouvernance.

Les deux sont complémentaires.

L’IRM répond à une nécessité immédiate : garantir l’équité de la compétition.

La gouvernance répond à une nécessité structurelle : faire en sorte que l’identité et le parcours du joueur deviennent fiables bien avant la compétition.

La véritable réussite ne serait donc pas la disparition immédiate du test.

Elle serait qu’avec le temps, le football africain dispose de systèmes d’enregistrement suffisamment fiables pour que l’IRM ne constitue plus que le dernier filet de sécurité.

Une gouvernance moderne ne devrait pas attendre qu’un joueur arrive aux portes d’une CAN U17 pour commencer à connaître son histoire. Elle devrait pouvoir la retracer depuis sa première licence.


Construire des systèmes de gouvernance fiables

Akong Sport Consulting accompagne les fédérations, ligues et organisations sportives dans la structuration de leurs processus, systèmes de pilotage, données et dispositifs de gouvernance.

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Crédit photo : Hashtag Melvin, via Pexels — utilisation selon la licence Pexels. Image redimensionnée pour le web.

Sources et références

[1] CAF, L’IRM au service du football africain : avancées du protocole d’éligibilité U17 — fonctionnement du test, sanctions et données d’inéligibilité. Source

[2] CAF, rubrique Médecine — historique de l’utilisation de l’IRM dans les compétitions U17. Source

[3] CAF, Commission médicale, avril 2026 — évolution du protocole afin d’éviter un second test pour les joueurs déjà validés pendant les qualifications zonales. Source

[4] Dvorak et al., étude sur l’évaluation de la maturation squelettique par IRM du poignet chez 496 jeunes footballeurs masculins. Source

[5] Étude sur les limites et la précision de différentes méthodes d’estimation de l’âge dans le football. Source

[6] UNICEF Data, enregistrement des naissances — données sur l’Afrique subsaharienne. Source

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