GOUVERNANCE
Test IRM : outil de régulation de la CAF ou révélateur d’une défaillance de gouvernance ?
Le test IRM sécurise l’éligibilité aux compétitions U17 de la CAF. Mais peut-il remplacer une véritable politique de traçabilité et de gouvernance des jeunes joueurs ?
Le recours à l’IRM dans les compétitions africaines U17 répond à un problème réel d’éligibilité des joueurs. Mais si cet outil permet de mieux sécuriser les compétitions, son utilisation pose une question plus profonde : un dispositif médical appliqué au moment de la compétition peut-il remplacer un système fiable d’identification et de traçabilité des joueurs construit bien en amont ?
Un outil de régulation devenu incontournable
La CAF utilise l’imagerie par résonance magnétique du poignet dans ses compétitions masculines U17 afin de renforcer le contrôle de l’éligibilité des joueurs. Du point de vue de la compétition, l’objectif est compréhensible : préserver l’équité entre les sélections et limiter les risques de fraude sur l’âge.
Mais l’IRM intervient à la fin de la chaîne
Lorsque l’éligibilité d’un jeune joueur doit être vérifiée quelques jours avant une compétition internationale, une grande partie de son parcours sportif a déjà eu lieu. Le joueur a pu être licencié, participer à des compétitions nationales, intégrer des sélections de jeunes, des académies ou des dispositifs fédéraux.
La question devient donc : pourquoi attendre une compétition internationale pour sécuriser une information qui devrait être fiable depuis l’entrée du joueur dans le système fédéral ?
L’IRM traite une conséquence. Elle ne résout pas nécessairement la cause.
La question centrale est celle de la traçabilité
Une politique durable devrait commencer beaucoup plus tôt. Elle suppose notamment une identité vérifiée lors de la première licence, des documents d’état civil authentifiés, un identifiant sportif permanent, l’historisation des licences et des compétitions disputées, une base de données fédérale fiable et des procédures de contrôle harmonisées entre clubs, ligues et fédérations.
Lorsqu’un joueur apparaît soudainement dans le système à 16 ans sans historique sportif fiable, le risque est beaucoup plus difficile à maîtriser.
Passer du contrôle à la prévention
L’intérêt de l’IRM ne doit pas être remis en cause. Mais l’objectif devrait être que le recours au contrôle médical devienne un dernier niveau de sécurisation, et non le principal mécanisme permettant de garantir la fiabilité de l’âge sportif.
Les fédérations disposent aujourd’hui d’outils numériques capables d’enregistrer les joueurs et leur historique. L’enjeu consiste à faire de cette traçabilité un élément central de la gouvernance du football des jeunes.
Une responsabilité qui doit commencer au niveau national
Les fédérations nationales ont ici une responsabilité majeure. La vérification de l’état civil, l’enregistrement précoce des jeunes joueurs et la fiabilité des licences ne devraient pas dépendre du seul calendrier des compétitions CAF.
Un système robuste peut associer clubs, ligues, fédération et base de données fédérale dans une chaîne de contrôle continue. Le contrôle devient ainsi permanent et non ponctuel.
L’IRM doit rester un outil, pas devenir le système
Le test IRM constitue un instrument utile de régulation. Mais son efficacité ne doit pas masquer la question de fond : la qualité des systèmes d’identification, d’enregistrement et de gouvernance des joueurs de jeunes catégories.
Une gouvernance moderne ne devrait pas attendre qu’un joueur arrive aux portes d’une compétition internationale pour vérifier la cohérence de son parcours. Elle devrait être capable de retracer ce parcours plusieurs années auparavant.
La véritable évolution ne consiste donc pas seulement à perfectionner le contrôle. Elle consiste à construire un système dans lequel le besoin de contrôle devient progressivement l’exception plutôt que la règle.
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